Les acteurs de Yamaha

Jean-Claude Olivier

L’histoire de Yamaha en France se confond avec celle d’un homme, Jean-Claude Olivier.  Présent à la création de l’importation de la marque sur le sol français, il en a assuré la direction pendant 45 ans.

Si les premières Yamaha vendues en France l’ont été par le motociste Levallois-Motos, c’est très rapidement la société Sonauto, déjà importatrice des Porsche, qui va assurer la diffusion des motos frappées des 3 diapasons. Gonzague Olivier, père de Jean-Claude né le 27 février 1945 à Croix dans le département du Nord, qui est resté très lié à Auguste Veuillet, patron de Sonauto avec qui il a remporté une la victoire aux 24 Heures de Paris en 1955, demande à son ami s’il ne pourrait pas prendre son fils en stage. Nous sommes en 1964, et Jean-Claude Olivier se retrouve missionné pour créer un réseau de distribution Yamaha en France. Il part sur les routes au volant d’un fourgon J5 avec quatre machines à l’intérieur, un 50, un 80, une 125 et une 250, bien décidé à convaincre les marchands de motos de la qualité des Yamaha. L’année 1965 se conclut avec 117 ventes, elles seront 330 en 1966, 550 en 1967 et plus de 1000 en 68.. Constructeur inventif, Yamaha développe de nouveaux produits et crée à la fin des années 60 une gamme de trail bikes qui fait immédiatement un malheur auprès des Américains qui apprécient ces motos loisir. 

Devancer la demande

JCO voit dans ces modèles qui marient route et tout-chemin jolis, propres et faciles à conduire, un excellent moyen de sortir la moto de sa marginalité et de conquérir une clientèle plus large. Profitant de ses nombreuses relations, il parvient à convaincre Brigitte Bardot de rouler une journée entière au guidon d’une 125 AT1. Des dizaines de photographes sont à l’affût pour prendre des clichés qui feront la Une de tous les journaux people de l’époque.  Lui-même passionné, Jean-Claude Olivier a du flair, ressent intuitivement les modèles qui vont marcher et, plus important encore, est capable d’imaginer ceux qui manquent à sa gamme. L’homme n’hésite pas à donner de sa personne pour assurer l’image de ses motos. D’une grande habileté au guidon, il s’engage au Bol d’Or du renouveau en 1869,  au guidon d’une 250. Lors de la foire de Paris 1971, costumé et cravaté, il se lance dans une démonstration indoor des possibilités d’un des premiers trails entrés en France devant un parterre de spectateurs médusés. Restées célèbres également,  ses roues arrière avec la  XS1100 qui permirent d’imposer une image presque sportive d’une moto qui ne l’était pas. L’engagement de la XT dans l'Abidjan-Nice 1976 est une autre intuition, comme l’insistance pour que soit produite la RDLC, ou que la V--Max, initialement réservée aux seuls américains, débarque en France. Pour convaincre les Japonais qui ne consentaient à lui attribuer que 10 exemplaires pour sonder le marché, JCO a une nouvelle idée géniale. Il confie une V-Max à un ami, très célèbre dans le « tout St Tropez », pendant toute la saison d’été. A la rentrée de septembre, ce sont 30 commandes fermes qui sont sur son bureau.

Au Salon de la moto en 1979, il rencontre le ministre des Transports Joël Le Theule et lui propose de découvrir le stand Yamaha. Celui-ci lui répond : « Vous produisez en France ? » « Non mais nous l'étudions, répond Jean-Claude Olivier. « Lorsque vous le ferez, je visiterai votre stand... » « Il me fallut alors 2 ans avec Norbert Wagner, Président de Sonauto, pour persuader les Japonais de venir produire en France. Nous nous sommes rapprochés de Motobécane qui avait été repris pour créer MBK, mais la société s'est trouvée en cessation de paiement et en 1985 le Ministère de l'industrie nous a demandé de reprendre l'entreprise. En 1986 Yamaha s'est retrouvé actionnaire majoritaire de l'activité MBK et nous avons redressé l'entreprise grâce aux scooters BW's que j'avais découverts totalement par hasard à Laguna Seca. Pour l'anecdote, Kenny Roberts roulait avec ce petit scooter 50 dans le paddock. Comme pour la V-Max, ce produit m'a enthousiasmé, et j'ai beaucoup poussé pour qu'on l'importe en France. Comme son lancement n'avait pas marché au Japon, j'ai dû attendre un an et demi avant de l'avoir sur les chaînes de montage de MBK. Tout comme la "bleu" avait fait le succès de Motobécane, le BW's a permis à Yamaha et MBK de trouver son best-seller. »

Ce feeling, ce sens du bon produit au bon moment, mais aussi son management agressif qui permet à Yamaha de chatouiller Honda, puis de le dépasser au niveau des ventes en France vont asseoir l’influence de Jean-Claude Olivier auprès de la haute direction de Yamaha au Japon. C’est un homme qu’on respecte, une voix qu’on écoute. 

Un patron qui s’engage 

L’autre trait qui caractérise la personnalité de Jean-Claude Olivier, c’est sa passion de la compétition. Au delà des noms de légende intimement liés à Yamaha, les Patrick Pons, Christian Sarron, Jacky Vimond ou Stéphane Peterhansel, ils sont des centaines de pilotes de vitesse, de Moto Cross, d’enduro ou de rallye-raids à avoir pu compter sur un soutien direct ou discret de l’importateur. Soucieux de stimuler le sport moto en France, Jean-Claude Olivier s’est à maintes reprises engagé personnellement dans des compétitions pour assouvir son goût des défis. On retiendra ses 25 participations à l’Enduro du Touquet qu’il finit 15 fois dans les vingt premiers (2e en 1976). Et puis il y a les Paris Dakar. Neuf participations entre 1979 et 1996 et six fois à l’arrivée dont une fois à la seconde place en 1985.

Après 45 ans d’une étroite et forte collaboration avec la marque Yamaha, Jean-Claude Olivier cède la direction de l’entreprise à Eric de Seynes en 2010, mais reste très proche de ses collaborateurs et de son milieu dans les années qui suivent. En novembre 2012, il soutient l'action du professeur Saillant en offrant à son Institut du cerveau et de la moelle épinière, la recette de la vente d’une partie de sa collection privée. Il confie alors à la presse ses projets et ses envies : rouler à moto, pratiquer le kite surf, préparer le Raid de l’Amitié… Le destin en décidera autrement : le 12 janvier 2013, l’emblématique patron de Yamaha en France trouve la mort dans un accident de voiture sur l’autoroute A1. Yamaha et la moto sont en deuil.

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